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D'autres empreintes digitales

Vendredi 31 juillet, de Téhéran à Paris, 57ème jour

Ce n’est pas notre meilleure nuit.
6h : la file pour l’enregistrement des bagages se constitue, longue et lente. L’inquiétude latente pour la sortie de Sylvie se réveille. Je répète qu’une bonne dose d’insouciance est indispensable pour profiter pleinement de ce voyage. Je n’en manquais pas jusque là, et j'écrivais ce qui suit dans le mail n°17 passé à la trappe :

"Allez, on y croit quand même.
Mais, de ? en ?, je ne conseille plus aux copains cette destination
pour détendre les nerfs,
pour gagner en sérénité,
pour se la couler douce,
pour évacuer les cauchemars,
pour buller benoîtement...
Mais si vous voulez vous forger l’âme, 

tester votre résistance, 
crier dans la rue,
perdre du poids,
venez ici,  c’est le paradis !"

Et, à l'évidence, c'est le paradis car nous aimons l'imprévisible, les questions sans réponses et les incertitudes. 
Je n’ai pas de doutes sur la validité du laissez-passer et du visa iranien de sortie, qui ont été visés et supervisés trente-six fois, bien que cela se résume curieusement à trois pauvres cachets qui empiètent les uns sur les autres au dos même du laissez-passer.


Mais il y a un mais !
Lors de la prise d’empreintes digitales à l’arrivée, un échange malencontreux entre celles de Sylvie et celles d’une autre française a probablement eu lieu. Non, a certainement eu lieu ! Mais peut-être a-t-il été rectifié. Nous le jouons à 1 contre 9. Autant dire sans espoir...
Or le visa de sortie a nécessité de nouvelles empreintes, et la comparaison des deux prises révélerait une différence fort suspecte et fort préjudiciable. Suspecte, car la première raison plausible sera celle d'une supercherie et d'une évasion organisée. Préjudiciable, vous me direz que c'est subjectif, mais viendriez-vous nous remplacer ? 
Moi, je n’ai plus que deux jours de visa, et je risque d’être expulsé en abandonnant ici Sylvie à son sort : depuis huit jours, j’imagine la scène des adieux ! Oui, oui, j'ai de l'imagination pour les scénarios. Allez, on reprend à zéro.

Sur le drapeau de la République,
l'emblème central figure le nom stylisé d'Allah :
اللّه
La queue avance et nous voilà devant l’hôtesse, qui tique et grimace à la lecture de notre paperasse. L’avis du responsable de l’enregistrement est requis. Il est conciliant, et pour les bagages l’avis s’avère vite favorable. Bon, si Sylvie reste en Iran, ce sera avec ce qu’elle a sur le dos. Mais, optimistes, nous savons qu’une barrière est franchie. La seconde queue n’est pas plus courte pour le passage des passeports et nous patientons. Au guichet certains voyageurs rebroussent chemin, sans beaucoup rire, disparaissent ou reviennent, mais aujourd’hui aucun n’est interpellé. C’est enfin notre tour : nous passons avant Marie-Hélène et Yvon pour aviser ensemble si Sylvie est refoulée.
Et là, l’employé ne pige que couic à cet imprimé trop ordinaire : comment accorder foi à une simple feuille A4 ?  Il demande le passeport !
In petto : "Le passeport est dans une poubelle à Chirâz ! C'est clair, non ?"
Il part. Il part avec le sacro-saint formulaire ! Ah ! Qu'il ne l'égare pas ! Et il s’en revient pas vraiment convaincu... Nous nous regardons dans les yeux... L'ordinateur ne retrouve pas Sylvie à l'entrée dans le pays.
J'ai une "fulgurance" in extremis : j’ai gardé sur moi, et non pas dans les bagages enregistrés, le dépôt de plainte à l’Ambassade. Il y figure le n° du passeport volé que je peux énoncer glorieusement pour la quinzième fois au moins. Mais, bon sang, qui le note ???
Bravo ! Grâce à lui, l’ordinateur retrouve Sylvie, elle est bien entrée en Iran, oui, et elle peut donc en sortir, oui ! Ah, bon ? C’est tout ?  
Nous voilà en zone internationale. Nous sommes sauvés. Les geôles d’Ahmadinejâd ne verront pas Sylvie cette fois-ci. A vrai dire, il n'en était pas question. Je dois être un peu manipulateur... Nous avons quand même une pensée pour Clotilde Reiss.
Nous n’avons été interrogés ni sur nos achats, ni sur nos photos, ni sur nos faits et gestes sur place. Tout est simple, et dans l’avion les femmes ôtent leur foulard en survolant le lac d’Oroumieh, à moins que ce soit celui de Van : nous quittons la République Islamique.
Merci, Ô Administration de la République Islamique pas plus tatillonne en fin de compte que notre Administration républicaine française : vous vous voyez petit touriste iranien à Paris sans papiers ?
Quel voyage ! Quelle chance de l’avoir vécu !
A Montparnasse, je quitte mon petit trio que la Bretagne attend, je vais voir Quentin avant son départ pour Barcelone, et rencontrer Wassily Kandinsky à Beaubourg. Paris est une fête.


Un électuaire

Jeudi 30 juillet, d’Esfahân à Téhéran, 56ème jour :

Nous commençons par nous dégourdir les jambes, cela fait décidément partie de nos activités citadines, et traversons la Zâyandeh, qui devrait couler d'ouest en est, puis sautons dans un bus pour atteindre en aval le plus vieux pont d’Esfahân, le Chahrestân pol.



Ce pont est très curieux, en dos d’âne asymétrique, convexe vers l’amont pour mieux résister aux crues, avec des arcades différentes les unes des autres, multipliées par de petites arches sur certaines piles. Et ces piles sont massives et arrondies. De plus un aqueduc court sur le tablier, et un pavillon d’octroi siège sur l’extrémité nord. Il franchit, nous y sommes maintenant habitués, un lit sec et craquelé. L'absence d'eau implique l'absence de courant, et pour moi c'est un élément d'orientation majeur qui disparait : je perds l'est et je perds l'ouest. Je veux dire que je perds le nord. D'autant que le soleil est au zénith ! Ce sont les deux seules raisons pour lesquelles le plan d'Esfahân est resté énigmatique à mes yeux, alors qu'Yvon y est comme chez lui. C'est ce que je prétends...



Pour le retour, nous attendons un bus qui nous lâche prématurément. Nous décidons de déjeuner d’une ma’djoun, mais cette fois le serveur est trop généreux, elles sont sucrées à l’excès, compactes et écœurantes. Yvon est là pour les finir. Depuis le 11 juillet, vous connaissez les ingrédients de la ma'djoun (chapitre "neufs, civilisés et vigoureux"), mais non son nom en français, et c'est bien dommage car il est à la fois évocateur et énigmatique (au moins pour moi). Prosaïquement, il signifie simplement "mélange", mais plus subtilement il signifie "électuaire" !  Or j'étais bien en peine de définir "électuaire" et encore de l'apparenter à cette glace roborative... Le dictionnaire m'a appris qu'il s'agissait d'un remède composé d'extraits de plantes, de poudres et de ... miel ! Exactement la recette de la ma'djoun si l'on utilise le lait en poudre, et si l'on considère qu'elle est prescrite pour grossir. Je suis très content : en Iran, je grossis médicalement en apprenant ma langue maternelle.



Nous rentrons à l’hôtel pour préparer nos valises, et apprenons qu’une réception de mariage s’y prépare pour ce soir. La nuit n’y aurait pas été paisible, mais peut-être palpitante. Nous croisons la mariée en grande tenue, blonde comme les blés, teint de porcelaine, lèvres de corail et yeux de velours : tous les clichés habituels, désolé, mais sur les photos personne n’y croit, c’est trop ! Et vous ?



Les liaisons sur internet sont rompues. Probablement pour endiguer la manifestation du quarantième jour de deuil dédié aux morts de l’élection présidentielle. Cette manifestation orchestrée par  Messieurs Moussavi et Karoubi est interdite. La ville de Téhéran serait-elle à nouveau coupée du monde comme le jour de la prière prêchée par l'hodjatoleslam Rafsandjâni mi-juillet ?
Au rendez-vous avec nous qu’elle a pris hier grâce à son amie réceptionniste, une étudiante en français arrive ponctuelle, souriante et très avenante. Elle est jolie, posée et réfléchie, et parle couramment français avec précision et peu d’accent. Pourtant elle n’a jamais quitté l’Iran. Elle espère poursuivre ses études à Téhéran. Nous prenons le thé ensemble à l’hôtel, puis une glace sur la Place Royale. Nous allons saluer notre marchand de tapis qui a des clients dans son magasin : les touristes occidentaux refont surface peu à peu.
Puis il faut bien qu’un taxi nous mène à l’aéroport, nous prenons la précaution d’y aller très en avance. En passant le portique, mon sac attire l’attention et je dois le vider pour prouver que ma gourde contient de l’eau et non de la vodka. Nous la reniflons en chœur. Interrogé, je crois devoir étouffer toute fantaisie, et j’avoue être ophtalmo. Alors c’était prévisible, il faut me pencher avec autorité sur tous les globes qu’on me présente. L’avion décolle à l’heure dite. A Téhéran, nous échouons un peu malgré nous dans un taxi, nous n’avons plus cette belle énergie pour compter trois sous, et nous rejoignons l’aéroport Khomeiny en guettant les traces éventuelles des manifestants. Le hasard veut que nous y retrouvions les trois jeunes bretons rencontrés à Esfahân puis Chirâz. Yvon et moi, malgré le scénario qui tourne dans ma tête, réussissons à dormir sur le sol adossés à nos sacs. 

Apprendre une chanson

MARDI 28 juillet, Abyâneh, 54ème jour :




Nuit dans cet hôtel cossu, bien décoré, bien entretenu, surplombant le village et la vallée. Le personnel est charmant. Nous nous relaxons au mieux dans cette atmosphère de campagne, déambulons à nouveau dans le village, entrons dans les échoppes, et les maisons où nous achetons des prunes séchées et des pétales colorés.



Yvon offre à Marie-Hélène le collier bleu assorti aux boucles d’oreilles qui va la réconcilier avec le port du voile en le maintenant enfin sur sa tête avec  naturel. Elle pose ainsi pour la couverture de Zanân, « Les Femmes », à acheter lorsque le journal interdit paraîtra à nouveau. J'attends l'autorisation de divulguer la photo... et vous propose le livre de Shahla Sherkat :

 
 زنان

Nous gravissons la crête opposée pour admirer les maisons dans leur écrin entre végétation et rochers, jusqu’au mur d’enceinte de la citadelle encore encadrée de quatre tours.



Nous rencontrons un groupe de jeunes femmes qui nous apprennent avec enthousiasme une chanson d’anniversaire en persan, enregistrée par Yvon en vue des 50 ans de Marie et Tatoize. Avec elles, nous répétons plusieurs fois l’air, rythmé par la musique d’un torrent, et je note studieusement les paroles qui promettent un siècle de bonheur.


 تولدت مبارک

tavalodet-é mobârak (ta maissance bénie)

Nous restons déjeuner à l’hôtel où la patronne nous offre gracieusement âbgoucht et condiments, et déplore l’absence de riz (digne de ce nom ?) à Paris. Il faut avouer que le riz iranien est le meilleur au monde.
De Kachân, un taxi pour Esfahân va venir nous chercher tous les quatre, à 15h pour 160 km et 40 khomeinys (35 euros). Trajet sans histoire, si ce n’est une indifférence vis-à-vis du dernier sens interdit : disons qu’il était mal placé, juste avant la venelle de l’hôtel Sonati où nous retrouvons la même chambre que la dernière fois. Nous sortons faire les courses : des boîtes en os de chameau, une nappe, un sac, une tenue pour Valentin.


Sur la droite de la photo, la toile imprimée d'Esfahân,
قلمکار

Ces trois derniers achats sont en toile imprimée typique d'Esfahân, nommée qalamkâr, terme traduit par "indienne" ou "perse", qui signifie "ouvrage à la plume ou au pinceau" : en fait les motifs sont appliqués couleur après couleur avec ces tampons de bois :



Pour le plaisir, nous passons revoir les tapis nomades qui nous tentent, mais nous prenons encore le temps de la réflexion. Il faudrait qu'Yvon nous fasse l’avance pour ces tapis bakhtiâri et qachqâ’i très séduisants, car nous sommes sur la paille après notre découverte de Téhéran. Nous dînons sous la coupole Lotfollâh, et une iranienne qui a vécu en France et dont le mari était dans l’énergie nucléaire traite Ahmadinejad de dictateur comme elle parlerait de la pluie ou du beau temps, sans effusion.



Nous sommes contents de retrouver Esfahân, et la place Naqch-é djahân qui nous semble la plus belle au monde. Et nous réalisons bien que cette beauté doit pour beaucoup aux esfahânis. L'animation chaleureuse du bazar se renforce des plaisirs partagés entre promeneurs, piqueniqueurs et enfants en calèches, tous gourmands de leurs glaces préférées, et c'est cette vie quotidienne et ordinaire qui sublime l'architecture, mieux encore que les illuminations et les jets d'eau.






Menaces disciplinaires

LUNDI 27 juillet, de Téhéran à Abyâneh, 53ème jour :

Alipour n’est pas libre, et notre nouvel interprète arrive en retard. Sylvie, sous tension maximale, et impatiente d’expédier les dernières formalités, le rabroue, alors qu’il va s’avérer charmant. Nous avons bien compris avec Mehdi puis Alipour que ce rôle d’intermédiaire n’est pas une partie de plaisir. Nos interprètes nous semblent toujours anxieux, et marchent sur des œufs ou des charbons ardents. Nous réalisons que c’est la confrontation avec l’administration de la République qui les perturbe ainsi, car rien n’est jamais joué et les mauvaises surprises vous guettent à tout instant. Parfois très mauvaises. Est-ce mon imagination ?
Sylvie entre donc ainsi accompagnée dans l’immeuble des Forces Disciplinaires à 8h15.
Je suis indésirable, même dans le hall d’où je suis expulsé, et m’installe sur un banc dans la rue. Là, je patiente, et me résigne. Je me fonds dans le paysage au point que je suis interrogé par trois fois en persan pour un renseignement. Je vous ai fait partager cette attente dans le mail n°24, intitulé « L’esprit vagabond » dont vous avez suivi les méandres. Trois heures comme ça, à patienter devant ce panneau que je n’ai pas eu l’audace de photographier et qui me nargue. Je le lis, je le relis, je m'en imbibe :
« BUREAU des FORCES DISCIPLINAIRES envers les ÉTRANGERS » (sic).
Franchement, il faut le faire ! Savoir ainsi créer l’ambiance adéquate dès l’entrée, c’est tout un art ! Allez vous étonner que l'on n'y entre pas en chantonnant. Sylvie s'y aventure donc bien voilée, sans fioritures et avare de couleurs : l'auto-discipline est là, avant même de passer la porte.
Auto-censure et auto-discipline, c'est une façon de responsabiliser le citoyen.
Longtemps après elle apparaît enfin, ébranlée mais exaucée ! Elle est passée d’étage en étage et de bureaux en bureaux, et encore, et encore, pour finir sous les humeurs délétères du butor d’hier, qui était toujours constipé. Avant que le vent tourne, nous partons en vitesse vers le terminal des bus pour Kâchân, dans un taxi vert, ceux affectés aux hôtels, les plus ruineux, vite fait, bien fait.



En car, nous passons devant Qom, ville religieuse entre toutes, et déposons quelques pèlerins.



Puis à Kâchân encore un taxi pour Abyâneh, les minibus promis n’existent pas. Nous longeons les abords du site nucléaire de Natanz, enfoui en profondeur, dont nous ne voyons que les défenses antiaériennes. Puis, après avoir remonté la vallée, nous retrouvons Marie-Hélène et Yvon à 16h fiers de nos prouesses de célérité administrative. Abyâneh est un tout petit village sur les contreforts du  Kouh-é karkas, la montagne des vautours, classé au Patrimoine mondial, et fréquenté par les citadins en quête de fraîcheur.



D’emblée Abyâneh nous séduit par son calme, sa vallée de verdure qui évoque notre rivière, et la cour de sa petite mosquée ouverte sur la montagne, dominant les noyers.



Entouré de hautes colonnes de bois, le bassin turquoise est cerné de rigoles impétueuses, et couvert de deux ancestrales treilles de vigne dont les gros troncs ont cinq mètres de haut.



Comme partout, la "fontaine" d'eau fraîche est disponible. Ici, elle est bien briquée, vous y voyez le ciel, la treille, la vigne et son cep s'y refléter sous les coupelles gravées qui servent à boire. Trois coupelles, trois robinets.



Marie-Hélène et Yvon ont déjà leurs habitudes et nous guident dans les ruelles où les maisons de pisé ont la couleur rouge de la terre, et s’ornent de claustras géométriques sur portes, fenêtres et balcons, tous en bois travaillé.






Nous nous réjouissons de rencontrer enfin les tchâdors colorés, et même bariolés, typiques de ce village : les assortiments de motifs et de couleurs sont très fantaisistes à nos yeux, mais quelle gaieté !



Les femmes y semblent beaucoup moins distantes que celles qui n’osaient nous regarder le long de la Zayândeh. Nous prenons une glace sur une terrasse où elles viennent papoter en riant.



Sylvie rêvait de ce village depuis longtemps. Il lui offre une escale et un havre de sérénité. Je garde mes appréhensions pour moi, et j'en fais un suspens pour vous...

La diplomatie à Téhéran

DIMANCHE 26 juillet, Tehrân, 52ème jour :

A la sortie du car, il fait jour, et il nous faut un taxi.
Comme à Esfahân, une compagnie vous affecte d’office tel ou tel véhicule. Je refuse d’embarquer pour le prix exigé, et nous transigeons pour un taxi «ouvert». Aucune importance, nous sommes seulement quatre à monter. Le prix est encore bien plus cher qu’en province. Nous avons rendez-vous à 8h devant l’ambassade de France avec l'interprète recruté par l'agence de Chirâz pour les tractations administratives ultérieures. Il y a déjà la queue sur trente mètres devant la porte fermée. L’ambassade est murée sur sa sécurité et ses caméras, blindée derrière ses grilles.



La queue est exclusivement iranienne, et je me rappelle qu’il y a une porte pour les «nationaux», beaucoup moins courue. J’y sonne et mon accent français est un sésame, je suis dans le sas et j’explique mon cas. Je ressors quand même pour attendre Alipour, l'interprète, qui ne tarde pas à arriver. Nous sommes reçus ensuite par Madame Mariella qui commence par lever les yeux au ciel en se demandant ce que nous pouvons bien faire en Iran actuellement. Est-ce le moment vraiment ? Elle s’amadoue vite, et promet le laissez-passer pour la fin de matinée. C’était inespéré, et nous nous en réjouissons.
L’un de ses collègue, briochin !, confirme que cette agression est une première, et que la sécurité est bien la qualité majeure du pays. On s'y promène dans tous les quartiers des villes à toute heure sans appréhension. Des vols de passeports par de faux policiers se sont produits il y a quelques années toujours en douceur et élégance, jamais avec cette violence. Les difficultés y sont plutôt d'ordre administratif, ceci dit par euphémisme. Nous apprendrons que la situation économique est dramatique car les caisses de l’Etat sont mises en coupes réglées sous couvert de religion, et qu'en effet l’arbitraire règne en maître : le moindre prétexte, tel cette perte de passeport, quelles qu'en soient ses modalités, est bon pour exercer une pression.
Nous payons le laissez-passer, non, non, ce n’est pas gratuit non plus, et nous prenons la mesure des impératifs diplomatiques à la lecture de la lettre du consul aux autorités iraniennes : les formules de politesse chaleureuses passent à la rigueur, mais nous lisons avec stupéfaction que Sylvie a ÉGARÉ son passeport… Ce mensonge est d'autant plus surprenant que les iraniens ont enregistré la déclaration de vol sans sourciller, que tous connaissent et admettent la même version : j'en déduis qu'il s'agit de salamalecs qui ne trompent personne, ravissent tout le monde, font partie d'un jeu d'autant plus amusant qu'il est gratuit et irréel.



Munis de cette paperasse, nous devons d’abord passer au Bureau des Affaires Etrangères iranien, où il faut 2 heures pour obtenir un coup de tampon sur le laissez-passer. Alipour s’est chargé de courir de pièce en pièce pendant que nous nous distrayons comme nous pouvons devant le portique où les sacs sont ou ne sont pas passés aux rayons détecteurs. Ensuite Alipour nous entraîne dans une course effrénée, à pied et en taxi, vers le Bureau des Forces Disciplinaires. L’heure tourne, et il va fermer à 13h30. Sylvie s’engouffre, je ne suis pas admis, et je ne tarde pas à la voir revenir en larmes. Elle s’est heurtée à un butor intransigeant : « et il est 13h30 ! et ses photos ne sont pas voilées ! et nous n’avons pas de reçu bancaire !  et il faut revenir demain ! »



Alipour se charge, un peu tard, d’obtenir le reçu du virement exigé, et nous conduit chez un photographe d’où Sylvie sort avec des portraits toujours aussi juvéniles mais tête couverte. Allées et retours en cars, taxis à répétition, émoluments d’agence, laissez-passer diplomatique, virement fiscal, photos comme ci comme ça, et hôtel imprévu entament méchamment nos finances. L’hôtel Khayam est calme et accueillant mais situé dans un quartier grouillant de mécaniciens, de marchands de pneus et d’électroménager. Après un petit en-cas que le réceptionniste est allé gentiment nous chercher à l’extérieur, nous faisons une sieste compensatrice. Les touristes japonaises ont déglingué l’ordinateur moribond, et je fais deux kms pour trouver une connexion et avertir Marie-Hélène et Yvon que nous restons à Téhéran. Je passe devant l’ambassade d’Allemagne, elle aussi tapie derrière ses grilles. Partout la circulation frénétique est polluante, les avenues plus pénibles que jamais à traverser, les trottoirs envahis. Je remarque de nombreux étals pour numismates, et, bien visibles toujours, les billets de banque à l’effigie du dernier Chah. Nous dînons dans un restaurant de quartier après avoir fui un troquet où des touristes européennes sans vergogne fument et enfument leurs voisins.

PS : désolé pour la symbolique un peu facile et pessimiste de l'iconographie...

Photos "de jouvence"

Samedi 25 juillet, Kâchân, 51ème jour :

L’hôtel Amir Kabir est très sympathique et calme, mais très loin du centre-ville, et nous devons prendre un taxi. Nous commençons par chercher la poste et acheter des timbres pour les fameuses et rares cartes postales. D’ailleurs, je peux continuer votre initiation au persan : kârt-é postâl. Mais vous allez minimiser mes prouesses si je continue à choisir le vocabulaire importé. Pourtant cela va certainement vous inciter à vous exprimer quand vous irez sur place.



Nous parcourons le bazar très étendu, et dans la mosquée djom’é rencontrons un étudiant en français qui va nous suivre tout au long de la matinée. Je comprends son intérêt à converser vu la rareté de l’espèce homofarânssé, en voie d’extinction dans cette contrée. Et j’admire son enthousiasme et ses facultés, mais nous avons chaud, nous traînons un peu la patte avec le moral dans les chaussettes ou la migraine, et il nous faut faire des efforts pour le contenter. La mosquée se distingue par sa grande cour sur deux niveaux, et son majestueux bulbe de briques nues.



Nous visitons trois gigantesques et riches demeures transformées en musées, confortables et attrayantes, mais labyrinthiques, un peu rococo et pour tout dire fatigantes. Dommage, nous n’avons plus le punch pour fureter dans tous les recoins, sauf Yvon qui s’extasie sur les canalisations, à peine sorti dans la rue. Pour nous donner des regrets ? Je lui demande un commentaire, ici même sous cette page du blog, pour partager son enthousiasme. Nous courrons et sautons dans un taxi collectif, qui se trouve plein de ce fait, et nous agitons nos mouchoirs sous le regard de notre pauvre petit étudiant qui reste sur le carreau. Après un déjeuner tardif à l'hôtel, servi sur mesure pour nous seuls, et une petite sieste rafraîchissante sous la clim, nous partons à pied pour les jardins « Finn », reposants, bien pourvus en bassins, jets d’eau, canaux vifs turquoise, glaces, pâludeh, et guêpes en prime. Malheureusement, les arbres y sont moribonds.
Nous dégotons un minibus vide pour retourner en ville, qui se remplit alors instantanément et démarre. Il nous faut trouver le photographe pour les portraits de Sylvie destinés au laissez-passer. Je dis « portrait » car il n’existe pas de banale photo d’identité, puisqu’elles sont toutes retouchées et optimistes. Sur la photo à l’iranienne, vous n’aurez plus de rides, un teint de porcelaine, les sourcils arqués bien dessinés : avec les ans s’envolent tous vos soucis et vous partez affronter les administrations le cœur léger. Mais nous, notre réalisme occidental nous susurre bêtement que cette cure de jouvence pourrait nous exposer à un refus… Restons zen : le matériel et la passion de notre photographe valent ceux des studios Harcourt à Paris quand Sylvie trône hiératique sous l’éclairage favorable des projecteurs entrecroisés !



Puis nous allons nous changer les idées dans un kabâbi très accueillant où l’on cuit le pain devant nous en un grand four profond sur lit de pierres.
Nous sautons dans un taxi malgré des embouteillages monstrueux ; Eh oui, c’est encore l’anniversaire d’Ali. Ou je n'y comprends rien, ou c'est toujours l'anniversaire d'Ali.
A mon voisin agglutiné, je décline son invitation chaleureuse pour une petite coca-party (Non ! pas coca-cola évidemment !), ce n’est pas le bon soir. En effet, nous nous faisons des adieux précipités par l’ascenseur : Sylvie et moi prenons un car de nuit à 3h du matin pour Téhéran, sans enthousiasme, et la nuit va être courte !
Et le programme n'est pas affriolant !

PS : Parce que c'est caractéristique et incontournable, voici la photo de Sylvie. Elle est à la fois rajeunie et figée. On croirait qu'elle a subi un cinquième lifting avec acharnement sauvage. J'ai eu l'occasion de constater la même métamorphose pathognomonique sur les photos des dossiers en attente à l'Ambassade de France. Le bénéfice de ce test grandeur nature est la répulsion instinctive qu'il engendre pour la chirurgie esthétique invasive ! 






Les tours du silence

VENDREDI 24 juillet, Yazd, 50ème jour :

Pour notre excursion avec Hadi, nous devons nous retrouver à 7h, mais il n’y a pas de véhicule au rendez-vous. Nous aurait-il posé un lapin ? Non, à 7h30 arrive un minibus dont le chauffeur a reçu un appel du guide qui ne s’est pas réveillé… Nous allons chercher nos trois compagnons français et partons pour les tours du silence, où les morts zoroastriens étaient encore dépecés par les vautours il y a trente ans, de façon à ne souiller ni la terre, ni l'air. Actuellement, ils seraient enfermés dans des fosses blindées : ai-je bien compris ? Je n'ai pas déniché d'article digne de foi, mais j'ai appris que les Pârsis de Bombay sont, eux aussi, confrontés à ce dilemme à cause de l'extinction progressive des vautours en Inde. 


La tour ( دخمه ) est une enceinte circulaire au sommet d’un piton, au-dessus d’une usine à ciment. La terre nue jusqu’à l’horizon est ainsi bigarrée de blanc. Nous pénétrons à l’intérieur et Hadi nous mime la scène selon sa version, allongé sur le dos, la tête vers l’enceinte « magnétique » qui éloigne la faune sauf les vautours !


Il y a aussi une histoire de chiens qui portent un diagnostic de mort définitive par morsure…Toujours est-il que nous, ce ne sont pas des vautours ni des chiens carnivores que nous découvrons, mais un chacal qui trottine gentiment. Nous l’appelons « chaqâl ! chaqâl !», mais il nous boude. Facile le persan, non ? A condition de prononcer le q presque comme un r, et le â presque comme un o. L’animal est persan, et doit être pointilleux sur la phonétique, il nous ignore.


Plus loin, nous déambulons dans un village abandonné où la petite mosquée est dominée par un minaret vacillant. Cela tombe bien s’il reste debout, car nous n’avons pas vu ceux d’Esfahân, et c’est très impressionnant : le sommet du minaret oscille latéralement avec une amplitude considérable, tel un ressort. Il faut deux hommes au sommet pour déclencher le phénomène.


Sous le village, l’oued est franchi par un petit aqueduc, et Hadi nous fait remarquer le siphon plus ancien qui permettait auparavant de distribuer l’eau d’une berge à l’autre par vases communicants. C'est ingénieux et j'aimerais connaître l'antique procédé d'étanchéité qui en conditionne l'efficacité.


Ensuite nous visitons un bel ensemble architectural : remparts, caravansérail avec qanât et bassin où Hadi tombe, glacière plus raffinée mais moins grande qu’à Kermân. Son raffinement, à mes yeux, tient à sa forme en œuf due à deux coupoles inversées emboîtées.


Nous passons aussi chez les tisserands, qui offrent des tapis à décors géométriques avec l’arbre de vie. Nous déjeunons chez l’habitant, sur une terrasse devant un verger où nous faisons la sieste. Les chèvres, ici, ont des oreilles de teckel. Les chèvres ici s’appellent toutes boz.


Et nous finissons par les ruines d’un château fortifié, et par un pigeonnier très confortable à nos yeux. Nous sommes aussi passés chez un potier où nous nous sommes laissés séduire sans peine. Nos coéquipiers se sont révélés très agréables tous les trois, et nous avons eu plaisir à discuter avec eux. Virginie et Hedi sont attentifs, cultivés et discrets. Pierre nous a un peu bluffés : à 21 ans, avec son permis et sa moto tout neufs, il est parti seul de Paris pour l’Inde. Une chute en Turquie ne l’a pas dégoûté, et le voilà en Iran. Il n’a pas obtenu de visa pour le Pakistan, heureusement à notre avis ! et va franchir le golfe jusqu’à Dubaï avant sa traversée vers l’Inde. Il est bavard, en manque de conversation française, et curieux de tout. Cerise sur le gâteau, il tient un carnet de route qu’il illustre lui-même et y laisse dessiner ceux qui le veulent bien.
Au retour, nous dînons à l’hôtel puis prenons un car de nuit pour Kâchân, 371 km, où nous arrivons à 3h du matin. Sylvie et moi avons accepté de nous séparer, pour permettre à un homme de s’asseoir à mes côtés, car la seule place libre se trouvait près d’une femme. Les couples autochtones ont semblé moins conciliants que nous... Du coup Sylvie, grâce à sa voisine, va avoir droit aux commentaires circonstanciés qui expliquent le film rituel. Ai-je déjà précisé que les passagers sont distraits lors de ces longs trajets monotones de ville en ville par des DVD de films iraniens récents en cours d'exploitation ? Nous aurons ainsi vu deux fois "Expulsions 2", dont la vogue est terminée en juillet, alors que nous n'avons toujours pas saisi le lien entre les scènes burlesques et les scènes franchement tragiques de la guerre Iran-Irak. Il nous faudrait une version française, si vous l'avez, ou au moins le scénario. Nous restons sur notre faim !


Allez ! Encore une bonne journée de liberté nous attend à Kâchân !


   

Recours à l'ambassade

JEUDI 23 juillet, Yazd, 49ème jour :


Nous commençons par la visite de la Mosquée djom’é dont la façade étroite est tout en hauteur, surmontée, à même l’iwan, de deux minarets rapprochés : cet élan vertical manque un peu d’élégance, mais les mosaïques sont somptueuses et plus vives et séduisantes que jamais. Nous pouvons déambuler en restant à distance du mihrab, mais n’avons accès ni au qanât, ni aux toits décrits dans le guide.


Nous entrons dans la maison Lari, passons devant le tombeau des 12 imams et la prison d’Alexandre, achetons des céramiques où figurent des poissons, puis pénétrons dans l’hôtel Fahâdân, ancien palais bien décoré et soigné, qui permet d’avoir vue sur la ville et les bâdguirs ( بادگیر, ).
Ces « tours du vent » associées aux qanâts sont un système de climatisation qui s’avère très efficace.


Dans une autre riche maison traditionnelle, l’une des pièces est décorée de portraits féminins, et l’une des « princesses » fume avec l’épaule gauche complètement dénudée !


Nous déjeunons, accroupis sur une estrade, dans le charmant hôtel Kohan-kâchâneh qui ressemble au Fahâdân en moins guindé. Dans la dernière maison le qanât est à sec, dans l’hôtel Fahâdân il est restauré et en trop forte déclivité, dans l’hôtel Kohan il stagne. La pente idéale est en effet de 3/1000, pas plus, pas moins, je le sais. Sur le toit du Kohan la vue surplombe toute la vieille ville à laquelle les montagnes servent d’écrin.


Nous rencontrons Hadi Safaeian, guide free-lance, qui nous propose une excursion avec trois autres français, dans les environs, demain vendredi, jour où tout est fermé : OK ! Rendez-vous est pris devant la tour de l’horloge.


Sur une place, nous découvrons un grand nakhl, sorte de catafalque en forme de double palme qui peut peser plusieurs tonnes et sera décoré et porté en procession par les hommes pour la commémoration annuelle du meurtre d’Hossein.
Dans un sursaut de clairvoyance, je me résigne à appeler l’ambassade de France, mais le réceptionniste alangui du Silk-road m’apprend que la ligne est « coupée » à cette heure, et qu’il faut acheter une carte et aller à la poste. Après hésitations, je cherche du secours dans l’hôtel-restaurant chic, associé pour internet au Silk-road, et j'y trouve le directeur au lit, qui, compatissant, me permet d’appeler l’ambassade sur son mobile et… sur ses draps. Je tombe sur une secrétaire compréhensive et réactive elle aussi. Finalement j’ai de la chance. Elle me donne rendez-vous dimanche matin, dans trois jours, avec la secrétaire du Consul, Madame Mariella. La présence de Sylvie à Téhéran est indispensable pour obtenir un laissez-passer sur lequel il faut impérativement une photo, et cela prendra 24 ou 48 heures, puis rebelote obligatoire chez les Iraniens en prime, sans précision sur les délais. Mais « pour un départ vendredi prochain, en cinq jours, c’est jouable ». Je l’espère bien ! Mais je commence à sentir le vent du boulet. A vrai dire, je ne me faisais pas beaucoup d’illusions, mais Sylvie va déchanter : il va falloir réduire notre programme. Enervé par ce jeu où nous sommes la souris, je passe mon humeur sur le réceptionniste alangui du Silk-road, et lui reproche de ne pas assurer les commodités annoncées sur place, téléphone et internet : je prends mon crayon, rappelez-vous qu’il est noir, ce n’est pas un stylo (circonstance atténuante) et je raye d’un trait vengeur les mentions phone-service et internet-free sur le prospectus de l’hôtel que je balance sous son nez. D’alangui le gars devient…nonchalant…
En fait le patron me laissera son mobile pour joindre Afrooz par deux fois, et je n’aurai plus qu’à le prier de m’excuser !


Après la sieste, à laquelle je n’ai pas eu droit, ça se voit, nous partons voir le takieh Amir Tchakhmâq, dont les trois étages d’arcades, dominés par deux minarets, s’illuminent à la tombée du jour. Un takieh est un théâtre, souvent provisoire, où se jouent avec passion les scènes de la bataille de Kerbala et de la mort d’Hossein. Nous montons bien sûr au troisième étage, et contemplons les tours du vent dorées par le soleil couchant et les lumières de la ville.


Échappés vers Yazd


MERCREDI 22 juillet, de Chirâz à Yazd, 48ème jour :



En ville les bâtiments modernes les plus encombrants
et les plus prétentieux sont les nombreuses banques,
qui prolifèrent toutes couvertes de marbre.
Ici, la banque Melli, un bon exemple.   

Nous passons à l’agence pour obtenir une attestation en persan détaillant la perte du passeport et les tractations en cours, de façon à simplifier nos explications lors des contrôles. Il a fallu demander expressément ce document, car personne ne nous fournit le moindre papier. Les bureaux administratifs ont même conservé notre photocopie de passeport, sans rien en échange. Heureusement, Yvon et moi avons chacun le double des papiers de l’autre et il s’y trouve encore une photocopie du passeport de Sylvie. Fort de notre expérience au bureau des étrangers, où il a fallu tout reconstituer comme si nous débarquions de la lune, alors que nous en sortions juste avant l’agression, nous nous doutons qu’il faudra répéter l’histoire de A à Z trente-six fois. Je demande aussi une attestation des frais engagés et des objets perdus pour une éventuelle indemnité par les assurances françaises ( PS : ce sera tintin…).



Afrooz et Mehdi sont toujours charmants et posent pour nous devant la vitrine de l’agence. Par contre le directeur passe sous nos yeux sans un regard. Nous comprenons que nous lui compliquons la vie, mais son attitude nous offusque.
Nous retournons au bazar pour la fête de ma mère qui approche, et jetons notre dévolu sur une grande écharpe réversible.



Puis nous partons pour la gare routière. Le car pour Yazd est annulé ! Il faut attendre trois heures. Il partira à 14h20. Nous franchissons deux cols, le paysage n'est pas trop brumeux. Il n’y aura qu’un seul arrêt au cours de ces 425 km. A l’arrivée, un taxi nous conduit à l’hôtel Silk road pour  20.000 rials.
Cette fois, il faut redescendre sur terre et affronter l'inexorable : nous sommes reçus par un fax d’Afrooz nous prévenant que nous devons aller à Téhéran ! Pas de miracle, et grosse déception de Sylvie qui comprend que le programme du voyage va être amputé… Nous aviserons demain.
Mais nous sommes bien dans l’engrenage.



En attendant, profitons de la cour centrale de l’hôtel qui est un jardin exubérant sur lequel donnent les tables et les patios distribuant les petites chambres. Le mobilier est simple, c’est dans le ton de cet hôtel qui offre aussi un dortoir pour les globetrotteurs désargentés. Bon dîner sur place et carte variée.
A la réflexion, demain nous visiterons Yazd, nous prendrons notre temps, et personne ne viendra nous chercher !